Lucas Bols

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Avec ses 447 ans d’histoire, Lucas Bols est l’une des plus anciennes entreprises des Pays-Bas. Outre les marques régionales (e.a. les genièvres hollandais classiques, Damrak Gin, Pisang Ambon, Nuvo, Vaccari), il répond de plus en plus aux marques mondiales de cocktails (Bols Cocktails, Passoã, Galliano). L’entreprise est tombée entre des mains différentes au XXe siècle, pour entrer en bourse en 2015 vaprès avoir été privatisée. Nous nous sommes entretenus avec le CEO Huub van Doorne et le CFO Frank Cocx.

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Quelles activités l’entreprise exerce-t-elle et lesquelles sont externalisées? Nous appliquons un modèle ‘asset light’. Nous ne faisons que ce dans quoi nous sommes uniques et ce que nous faisons bien. Nous divisons le processus de production en 2 étapes. Nous réalisons nous-mêmes la partie complexe, comme la distillation dans des alambics en cuivre. Le ‘distillat de base’ est destiné à Avandis, un joint-venture avec le groupe de liqueurs De Kuyper. C’est là que se déroulent les étapes les moins complexes: par exemple, mélanger, ajouter de l’eau et du sucre et remplir les bouteilles. Aux États-Unis, nous sous-traitons la production à un tiers (Brown-Forman). En termes de distribution, nous faisons environ 40% nous-mêmes. Une grande partie est réalisée aux É-U, car c’est un marché très important et que nous y connaissons une forte croissance. L’autre partie est un JV avec le producteur de whisky Edrington, qui gère la distribution au Benelux. Tout le reste est externalisé. Nous optons uniquement pour des partenariats à long terme. Souvent pas les moins chers, mais les meilleurs. Nous faisons aussi de la distribution ici et là pour d’autres marques (comme Pallini Limoncello aux É-U). Cela contribue à la croissance, mais les marges ne sont pas les mêmes.

Qu’en est-il des activités autour des ‘expériences’ à Amsterdam? House of Bols a été fondée pour montrer aux gens le cœur et l’âme de l’entreprise. Après un parcours à travers notre histoire, présente et future, les visiteurs pourront déguster un cocktail. C’est une belle enseigne, aussi pour recevoir des distributeurs, des analystes ou des investisseurs. Nous espérons atteindre à nouveau 50.000 visiteurs (payants) par an. La Bols Bartending Academy sert à former des milliers de barmans chaque année. Ils apprennent à faire des boissons, mais aussi l’hygiène, le contact avec les gens, etc. Ce sont des formations rémunérées qui nous permettent également d’avoir un réseau mondial de contacts avec les barmans.

Quel est l’impact de l’invasion russe de l’Ukraine? L’impact direct est limité. Nous ne sommes actifs en Russie et en Ukraine qu’à l’export, par l’intermédiaire d’un distributeur. Nous n’y avons pas d’équipe de ventes. Nous ne sommes pas en Biélorussie. La région représente environ 1% de notre chiffre d’affaires. Ce n’est pas beaucoup, même si nous le considérons comme un marché en croissance. L’impact net des taux de change est également limité. L’impact le plus important (la hausse des prix des matières premières) est indirect. Nous surveillons cela en temps quasi réel, car la volatilité est sans précédent. Cela est principalement dû à la hausse des prix des céréales, du sucre et du verre, qui contiennent une composante énergétique importante. Nous essayons de couvrir ou d’acheter à l’avance. De cette façon, nous pouvons garantir la disponibilité à un certain niveau de prix.

Le groupe souffre-t-il de pénurie de personnel et d’inflation salariale? Les pénuries directes de personnel ne sont pas un problème, car nous avons peu de personnel (environ 75 au total). Nous avons une bonne rétention ici. Il y a cependant des pénuries de main-d’œuvre dans notre JV Avandis. Il est très difficile d’obtenir des profils techniques sur les lignes, mais pour le moment, nous nous en sortons bien. Le débat salarial est partout, y compris chez nous, mais on ne voit pas de hausses significatives.

Les problèmes mondiaux dans la chaîne de valeur entraînent-ils des retards? Après les premiers mois de la pandémie, on a vu une pénurie de conteneurs et des ports qui étaient saturés. Nos partenariats à long terme se sont avérés être un avantage. De plus, nous n’avons pris aucun risque: nous avons travaillé avec des délais très longs et avons augmenté nos stocks. Dans les mois qui ont suivi, nous avons été l’une des rares sociétés du secteur à ne pas connaître de problèmes de stocks. Sur un certain nombre de marchés (États-Unis e.a.), nous avons même pris des parts de marché à des concurrents qui n’avaient plus de stocks. Cela dit, les coûts logistiques ont énormément augmenté et nous ne pouvons pas y échapper. Les lignes coûteuses vers les É.-U. et l’Australie pèsent sur les bénéfices. 

Pouvez-vous cet exercice égaler le bénéfice d’il y a 2 ans (avant la pandémie)? Nous confirmons la prévision annoncée lors de nos chiffres semestriels. Le C.A. se porte bien: il pourrait dépasser le niveau de l’exercice 19/20. Et ce malgré la pandémie toujours existante, avec des mesures strictes au Japon, e.a. Le segment hors domicile représente plus de la moitié du chiffre d’affaires. Nous essayons de répercuter en partie les coûts plus élevés par des hausses de prix. De plus, les économies réalisées pendant la pandémie sont en grande partie permanentes. Nous n’avons jamais vraiment cessé d’investir dans le marketing et l’innovation. Nous espérons toujours nous rapprocher du bénéfice d’il y a 2 ans.

Le taux d’endettement est encore très élevé. Êtes-vous préoccupé par cela? Nous sommes heureux d’avoir incorporé Passoã il y a quelques années. Ce rachat était très important et a été financé par emprunt. Du coup, avant Covid, nous avions déjà un ratio dette nette/EBITDA de plus de 5. C’est soutenable car nous avons une conversion de cash très élevée. Même pendant le Covid, nous avons déjà pu réduire la dette. Nous l’avons fait en réduisant les coûts, en gérant la trésorerie et le fonds de roulement et avec la récente augmentation de capital. L’objectif de cette opération était surtout de financer le rachat de Tequila Partida et la future acquisition de Nuvo. Nous pouvons utiliser le reste pour réduire la dette. D’ici la fin de l’année, notre ratio d’endettement sera déjà bien plus proche de la moyenne du secteur. Nous verrons en mai si nous verserons à nouveau un dividende. À long terme, nous voulons distribuer 50% du bénéfice.

4x4
Label INV 4x4:
  • Prévisions: valeur post-pandémie; popularité croissante des spiritueux et cocktails (premium)
  • Bilan: endettement élevé: 4,6 fois l’EBITDA attendu
  • Valorisation: ratio C/B de 12, moins cher que la plupart de ses pairs de secteur
  • Catalyseurs: résultats annuels le 25 mai, avec l’éventuelle reprise des dividendes

Quels nouveaux marchés envisagez-vous? La Chine est intéressante comme marché de croissance, tout comme l’Europe de l’Est et les États baltes. Il est difficile de prédire d’où viendra la croissance. Nous analysons chaque marché de façon ciblée, en tenant compte de la maturité de la culture de la boisson. Les cocktails et les spiritueux gagnent du terrain sur la bière et le vin, surtout chez les ‘millennials’. De plus, grâce à notre vaste gamme de saveurs, nous répondons rapidement à presque toutes les tendances en matière de cocktails. Le segment premium devient ici plus important. Nous avons récemment répondu à cela avec l’introduction de la tequila super premium. Avec la tequila, nous profitons de l’avancée du cocktail Margarita aux États-Unis, où nous étions déjà impliqués avec Bols Triple Sec. Passoã surfe sur le succès du cocktail Pornstar Martini. Il était déjà très populaire au R-U. et on le voit se développer e.a. dans les endroits où viennent les touristes anglais, comme la Grèce. Cependant, la liqueur de fruit de la passion est encore utilisée dans de nombreuses autres formes de consommation. Les tubes à cocktail prêts à l’emploi sont une innovation récente que nous avons lancée aux Pays-Bas et aux É.-U. et bientôt dans d’autres pays. Celles-ci sont également populaires dans l’horeca, car elles permettent de gagner du temps lors de la préparation de cocktails et de la formation du personnel. Surtout maintenant qu’il y a une énorme pénurie de personnel dans l’horeca! L’innovation demeure un important moteur de croissance. Cela conduit parfois à un nouveau produit, parfois au développement de produits existants. Chaque marque contribue à notre profit. Nous continuons à porter un regard critique sur le rôle de chaque produit et ne souhaitons pas amener toutes les marques sur tous les marchés. Parfois, nous arrêtons une marque lorsqu’elle est devenue trop petite. Nous sommes actuellement satisfaits du portefeuille.

Conseil :  A3

Le titre Lucas Bols a souffert pendant la baisse du covid et a pris du retard par rapport au rebond ultérieur du marché boursier. Ceci alors que les chiffres semestriels ont montré que les résultats se sont presque redressés. Les perspectives à long terme semblent bonnes et le titre est sous-valorisé. Le taux d’endettement élevé constitue un risque. Nous reprenons malgré le tout le titre en ‘sélection d’achat active’. Vous pouvez lire notre argumentation complète en page 3.