Copiez Tubize, mais au travers d'eux

Avec une note de 6 sur 6, UCB a obtenu des résultats exceptionnels avec le pipeline de produits dans la phase clinique finale. Cependant, le nouveau report du médicament contre le psoriasis Bimzelx jette une ombre sur tout cela. En conséquence, le cours de la société biopharmaceutique a fortement chuté ces derniers mois. Le moment d’une conversation avec Antje Witte (Head of Investor Relations) et Alexander Klein (Investor Relations Lead). Voici ce qu’il est ressorti. 

L'Investisseur

Difficile de ne pas parler du Bimzelx. En mai, la FDA a jeté un froid en retardant à nouveau toute approbation de ce médicament contre le psoriasis. Avez-vous vu cela venir et quelles sont les principales objections?

Après l’inspection de l’usine au premier trimestre, UCB a reçu des commentaires de la FDA qui exigeait une réponse dans un certain délai, ce que nous avons fait. Par la suite, il n’y a plus eu de question et rien n’indiquait que cela n’était pas suffisant. Ce fut donc une surprise totale que la FDA ait proposé une ‘Complete Response Letter (CRL)’. Pour être clair, cela n’a rien à voir avec l’efficacité, la sécurité ou les études du produit. Nous cherchons maintenant à savoir quand nous pourrons soumettre à nouveau le dossier. En l’absence de guidance, le marché anticipe un décalage de 6 à 12 mois, une bonne approximation.

Dans un rapport de JP Morgan, il est écrit que le Bimzelx ne serait pas meilleur que le Consentyx pour une autre indication, le rhumatisme psoriasique.

Il manque 50% de l’équation. Dans le traitement du rhumatisme psoriasique, le médecin traitant choisit entre un traitement focalisé sur la peau (e.a. le Cosentyx) ou sur les articulations (des anti-TNF comme le Humira ou le Cimzia). Un compromis doit être fait. Bimzelx, par contre, combine le meilleur des deux mondes. Il cible à la fois la peau et les articulations. De plus, UCB a également mis la barre plus haut pour atteindre l’ACR50 (50% d’amélioration de la maladie) dans l’étude, donc l’enthousiasme pour le Bimzelx est élevé.

Il y a un point supplémentaire. Dans la spondylarthrite Axyal mais aussi le rhumatisme psoriasique, 40 à 60% des patients ne répondent pas de manière satisfaisante au traitement par les produits anti-TNF. Humira perdra son brevet l’an prochain, ce qui signifie que le marché sera inondé de biosimilaires. Mais si les médecins ont ensuite des patients qui ne répondent pas bien aux biosimilaires, où sont les données qui expliquent quel produit doit être utilisé? Bimzelx offre une réponse.

UCB ne fournira le pic de ventes attendu qu’après l’approbation et le lancement.

Pour le Bimzelx, des données de phase 3 sont attendues fin 2022 pour une quatrième indication, l’affection cutanée chronique HS. Est-ce une petite indication?

A première vue, cela ressemble à une petite indication. Il s’agit d’une affection dermatologique grave avec un besoin non satisfait élevé, qui affecte significativement la qualité de vie. De nouvelles données montrent que 0,03 à 4% de la population aurait le HS, alors qu’on pensait auparavant qu’il était inférieur à 1%.

Lorsque l’on regarde vos deux produits contre la myasthénie grave (MG; une maladie musculaire), le potentiel de vente est bien inférieur à celui du Vyvgart (argenx). Un effet secondaire important est un mal de tête tandis qu’une pompe à perfusion est également utilisée, ce qui complique l’administration. Est-ce la raison? Le Vyvgart est un bon produit et tout le mérite revient à argenx. Ce sont les premiers sur le marché, ce qui explique partiellement le potentiel de vente inférieur. Le point positif est qu’argenx sensibilise le marché à la maladie et que le marché est assez grand et demande plus de solutions. Les souhaits de chaque patient MG diffèrent. Certains préfèrent même la perfusion à l’injection. Le Zilucoplan peut alors être administré facilement, comme l’insuline. Le produit peut également être simplement conservé à température ambiante. Le mal de tête n’est pas un problème pour de nombreux patients et avec l’aspirine, p.e., il disparaît rapidement. Nous ne nous attendons pas à ce que ce soit un obstacle. Même si c’est encore tôt pour le dire (les dossiers doivent encore être déposés, normalement au Q3). UCB a l’ambition de devenir le leader dans le MG en proposant deux traitements différents, le roza et le zilucoplan. 

UCB a deux partenariats avec Roche (Alzheimer) et Novartis (Parkinson), minimisant les risques associés à ces programmes. Quant à Novartis, elle a un ‘opt-in’ pour co-développer UCB7583 à l’issue de la phase 1. Quand peut-on s’y attendre? Et Novartis doit-elle à nouveau débourser 150 Mio USD ?

Nous recrutons avec succès des patients pour cette étude de phase 1. Cependant, il est encore trop tôt pour donner un timing. Les conditions sont les mêmes que pour l’opt-in pour UCB0599, déjà en phase 2. C’est une très bonne collaboration.

En ce qui concerne les produits plus anciens, le pic de C.A. du Cimzia (polyarthrite rhumatoïde) de 2 Mrd EUR est-il toujours réalisable compte tenu de la pression sur les prix et est-ce réaliste de tabler sur un repli des ventes cette année de 40% du Vimpat (épilepsie)? En ce qui concerne le Cimzia, c’est faisable. Il y a certes une pression sur les prix, mais celle-ci est plus que compensée par la croissance des volumes, qui s’observe dans toutes les régions. La baisse des ventes du Vimpat semble un peu trop conservatrice. Le brevet a expiré en mars aux É.-U. et normalement les ventes chutent d’environ 80% la première année. En septembre, le brevet expire également en Europe, ce qui devrait faire reculer le C.A. de 50% en 24 mois. A cela s’ajoute le ‘E Keppra’ au Japon qui fait face à la concurrence des génériques depuis janvier. Les ventes y baissent fortement.

En tant que spécialiste de l’épilepsie, après les blockbusters Vimpat et Keppra, il ne semble pas y avoir de nouveaux blockbusters dans l’immédiat. Il y a certes le Fintepla et le Briviact, mais ils seront plus petits. Qu’en est-il du Alprazolam? Les attentes du marché sont encore faibles pour le moment, mais il y a un an, vous indiquiez que le produit était prometteur.

Le Staccato Aprazolam est un inhalateur pour les crises d’épilepsie simples. Le produit a peut-être un grand potentiel, mais les résultats de l’étude de phase 3 ne seront disponibles qu’au 1er semestre 2024. L’étude est en bonne voie. Il peut devenir un produit important pour les personnes vivant avec l’épilepsie, comparable à l’Epipen (seringue pour réaction allergique). Le fait d’avoir l’appareil en main rend les patients plus forts et leur donne plus de confiance.

Y a-t-il encore de la place pour la croissance externe? En raison du rachat de Zogenix, le ratio dette nette/EBITDA est passé de 1,8 à 1,9? Nous sommes en train d’intégrer Zogenix. Cependant, nous avons encore suffisamment de puissance de feu et de flexibilité stratégique pour ajouter des actifs au (précoce) pipeline. Notons que des cessions sont également possibles. Ainsi, dans la recherche de produits immunologiques, on trouve p.e. souvent des produits potentiels contre le cancer. 

Notre conclusion

En raison du nouveau retard relatif au Bimzelx, nous préférons ne plus compter sur des ventes du produit cette année aux États-Unis. Jusqu’à récemment, le marché comptait sur une contribution au C.A. de Bimzelx de 150 Mio EUR. Dans tous les cas, la confiance de l’entreprise dans le produit n’est pas affectée. On a certes l’impression que la FDA travaille avec deux poids deux mesures, car avec un peu de bonne volonté de leur part, les remarques auraient pu être résolues beaucoup plus rapidement. Mais c’est ainsi. Cette perte de C.A. peut encore être quelque peu compensée par Fintepla, qui n’est pas encore incluse dans les prévisions de C.A. Certes, pas au niveau du bénéfice, car les deux sont dilutifs. Lors de la publication des résultats semestriels, les attentes seront revues à la baisse. Il est également clair que les attentes du marché à l’égard de Vimpat sont un peu trop optimistes et que la baisse des ventes du Keppra se produit plus rapidement que prévu. Cela pèsera encore sur les chiffres en 2023, même s’il peut déjà y avoir une légère croissance. Dès 2024, de nouveaux produits (dans un premier temps Bimzelx) devraient pouvoir plus que compenser la perte de C.A. du Cimzia. En attendant, UCB travaille déjà sur le pipeline de produits pour l’après 2030, notamment via la thérapie génique. Les ressources sont disponibles pour cela.

 

Conseil :  C+2

À un peu plus de 12 fois l’EBITDA (fort bas), la valorisation d’UCB est raisonnable. Les investisseurs ayant une vision à long terme peuvent commencer à acheter. Nous prévoyons également que Tubize, le mono-holding et de contrôle au-dessus d’UCB, accumulera des actions dans les années à venir. La décote a un peu diminué, mais elle est toujours de 37%. Privilégiez donc un placement dans UCB via Tubize.