Des bâtons politiques dans les roues

Après l’assez bonne performance en 2020, les pays émergents sous-performent cette année. 

Pas un climat idéal

Traditionnellement, ce sont les pays émergents qui profitent le plus d’une reprise économique. En effet, nombre de ces pays sont des producteurs de pétrole et de matières premières. Toutefois, l’importance du secteur technologique s’est fortement accrue ces dernières années. En 2020, le MSCI Emerging Markets a surtout progressé grâce à la bonne performance de poids lourds tels que Taiwan Semiconductor, Samsung Electronics et Tencent. Mais la hausse du secteur a marqué le pas ces derniers mois. 

De plus, de nombreuses actions chinoises, représentant environ 40% de l’indice, ont évolué assez faiblement. Le marché craignait, entre autres, un resserrement de la politique monétaire. La hausse du USD a aussi été un facteur négatif. Un dollar fort réduit les flux de capitaux vers les pays émergents et augmente aussi la dette en USD. Vu la crise corona, les déficits budgétaires et des comptes courants ont bien augmenté dans certains pays. Cela a rendu l’Inde, l’Afrique du Sud et la Turquie très vulnérables. La bourse turque et la livre sont également en difficulté en raison de l’ingérence du président Erdogan dans la politique de la banque centrale. 

Enfin, sauf en Chine, les vaccinations sont difficiles dans plusieurs pays émergents. L’émergence d’un nouveau variant a mené à de nouvelles mesures sanitaires strictes, e.a. dans les pays de l’ASEAN, ce qui pourrait entraver la reprise économique.  

Les ‘tops’ du premier semestre

Avec la Chine, le Vietnam est l’un des seuls pays à avoir eu une croissance économique en 2020. Cela a accru l’intérêt pour la bourse du Vietnam. En tant que pays exportateur, le Vietnam profite de la reprise économique mondiale. Au premier semestre, les exportations ont grimpé de 28,4% (les importations de 36%). Après la forte hausse, nous ne sommes plus acheteurs de la bourse du Vietnam. 

Parmi les plus fortes hausses figurent plusieurs pays producteurs de pétrole tels que l’Arabie saoudite, la Russie et le Mexique. Le cours du pétrole devrait rester solide encore quelques temps. L’OPEP s’attend à ce que la demande de pétrole augmente de 8,4% cette année en Chine et de 11,1% en Inde. Nous avions conseillé la Russie comme investissement à court terme en janvier. Nous abaissons le conseil pour le tracker iShares MSCI Russia à ‘conserver’.  La vaccination lente et les tensions avec les USA créent de l’incertitude.

Les actions qui se sont distinguées:

Embraer (C- 3) a connu un rebond spectaculaire au premier semestre grâce à l’enthousiasme suscité par l’avenir des eVTOLs, une sorte de taxi volant qui n’arrivera qu’en 2026 au plus tôt sur le marché. 

Himax (C+ 3) a profité d’une forte demande de semi-conducteurs. L’action est encore relativement bon marché, mais les résultats peuvent être volatils. 

De plus, nous avons surtout vu les plus fortes hausses dans les valeurs cycliques (Tata, Vedanta, Cemex...).  

La Chine s’attaque aux géants internet

La faible performance de la Chine est en grande partie due à la baisse des actions internet chinoises. Le gouvernement réglemente strictement le secteur, officiellement pour empêcher les positions de monopole et protéger la vie privée. Les prestataires d’éducation, en particulier, ont été touchés après que le gouvernement a imposé une série de restrictions (e.a. sur les tarifs). New Oriental Education est suffisamment solide financièrement pour survivre, mais la croissance plus faible ne justifie plus la valorisation traditionnellement élevée de l’action.

La confiance dans les actions chinoises a récemment été remise en question lorsque le gouvernement a soudainement interdit l’application Didi, quelques jours après l’introduction en bourse. En attendant, l’incertitude règne aussi sur les cotations des actions chinoises à New York. Biden n’a pas annulé l’interdiction de Trump de négocier les actions télécoms et l’a même étendue (avec des noms moins connus).

Restez prudent avec les actions des sociétés publiques chinoises et envisagez même de prendre votre bénéfice après la forte hausse de PetroChina, par exemple. Pour les grandes sociétés Internet, nous ne nous attendons pas à ce que les mesures gouvernementales affectent trop le potentiel de croissance. Ici, le ralentissement peut présenter une opportunité d’achat. 

Vers la gauche en amérique Latine

L’Amérique latine preste généralement bien lorsque la demande en matières premières est forte, mais l’enthousiasme est freiné par la situation politique. Le Chili est le plus grand producteur de cuivre (près de la moitié des exportations chiliennes), mais la bourse n’a pas profité du prix élevé du cuivre. Le parlement, dominé par la ‘gauche’ depuis mai, travaille à une révision de la constitution, actuellement favorable au marché et, de plus, le système de retraite du privé est miné. Du coup, la bourse chilienne menace de ne plus rester le modèle de stabilité en Amérique latine. De plus, un candidat communiste à la présidentielle est en tête des sondages pour les élections de novembre.

Au Pérou, autre important producteur de cuivre, la victoire électorale de Pedro Castillo, du parti d’extrême gauche, a déjà provoqué une vague de ventes. Le nouveau président tente d’apaiser les marchés en promettant, e.a., de ne pas nationaliser et de ne pas porter atteinte à l’autonomie de la banque centrale. Aussi en Colombie, actuellement très troublée, les chances d’une victoire de l’opposition de gauche aux élections de mai 2022 augmentent.

Le Brésil a évolué remarquablement positivement, e.a. grâce au poids lourd des matières premières Vale. Les taux plus élevés soutiennent les actions bancaires. Alors que dans les pays voisins Credicorp et Bancolombia ont fortement baissé, Itau Unibanco a grimpé de 40% au premier semestre. Mais il y a aussi beaucoup d’incertitude politique. Bolsonaro s’est rendu impopulaire auprès des investisseurs avec l’ingérence chez Petrobras. Un nouveau scandale de corruption pousse sa popularité à un plus bas historique, augmentant les chances d’un retour de Lula, de la gauche (modérée), aux élections d’octobre 2022. Le Chili et le Pérou ont déjà baissé à un point tel que les chances de surprises positives augmentent. Au Chili, le PIB augmentera de plus de 10% cette année. En attendant, nous prévoyons que le Brésil continuera de profiter de la croissance économique.  

Sélection d’achat

Baidu

Le moteur de recherche chinois a pris pas mal de retard par rapport aux autres valeurs Internet. Mais la société offre un grand potentiel grâce à sa position unique dans l’intelligence artificielle (nombreux marchés publics) et dans les voitures autonomes.   

Prosus 

Prosus a souffert du repli de Tencent, mais les arguments d’achat restent : le potentiel de croissance en Chine, l’expansion des sociétés Internet dans le monde, la forte décote du holding, le rachat (attendu) d’actions, et la possible augmentation du poids dans les indices boursiers grâce à un flottant plus élevé après l’échange d’actions avec Naspers. 

Enel Americas

Ce groupe de services publics d’Amérique latine est bon marché et a un fort potentiel de croissance, notamment au Brésil.  

Arcos Dorados

Ce franchisé latino-américain de McDonald’s vise également principalement une expansion au Brésil. Une bonne reprise des bénéfices est attendue cette année. 

iShares MSCI Latin America 

Malgré la situation politique et sociale mouvementée, nous trouvons qu’un investissement diversifié en Amérique latine, riche en matières premières, est attrayant. Les principaux pays, le Brésil et le Mexique, connaissent une croissance du PIB de plus de 5% et les devises sont plus fortes grâce à des taux plus élevés.