Amgen, trop ambitieux ?

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Amgen a connu une faible croissance au 1er semestre. La forte augmentation des volumes a été largement anéantie par la baisse des prix, tandis que la cherté du dollar n’a pas non plus aidé. En outre, les ventes d’un certain nombre de produits (plus anciens) ont baissé. Le médicament contre la polyarthrite rhumatoïde Enbrel, qui générait près de 6 Mrd USD de C.A. en 2016, a vu ses ventes chuter à 4,4 Mrd USD en 2021 et nous passerons sous les 3 Mrd USD en 2025. La concurrence croissante exerce une pression sur les prix. Le C.A. du Neulasta est aussi en baisse. Les ventes de l’Otezla continuent de croître, mais le brevet expirera en 2026. Cependant, un certain nombre de produits ‘plus récents’ compenseront cela dans les années à venir. L’Evenity (ostéoporose), commercialisé avec UCB, devrait connaître une croissance annuelle moyenne ‘à deux chiffres’ (11 à 14%). Pour le Repatha (cholestérol), on table sur des ventes pouvant atteindre plus de 2 Mrd USD. Les deux produits les plus récents, le Lumakras (cancer du poumon) et le Tezspire (asthme), connaissent un bon démarrage et pourraient générer environ 1,5 Mrd USD de C.A. d’ici 2028 (consensus de marché). L’Amgevita (biosimilaire d’Humira, l’un des médicaments les plus performants de tous les temps) a également un potentiel de ‘blockbuster’ (= C.A. > 1 Mrd USD). Le biosimilaire a déjà été approuvé en Europe et ce sera probablement aussi le cas aux É.-U. en janvier.

En février, Amgen a présenté ses perspectives jusqu’en 2030. Peu d’entreprises regardent aussi loin. La société biotech vise une croissance annuelle moyenne du C.A. de 5% et une augmentation du bénéfice par action de 8 à 12%. La marge opérationnelle devrait se situer autour de 50%, l’un des pourcentages les plus élevés du secteur. Le C.A. des biosimilaires devrait plus que doubler entre 2021 et 2030. Des objectifs ambitieux, mais qui le sont ‘trop’ selon le marché. Il y a en effet eu de moins bonnes nouvelles ces dernières semaines. Ainsi, il y a une nouvelle concurrence pour l’Otezla et les nouvelles données sont moins convaincantes pour le Lumakras, qui a reçu une autorisation préliminaire. Les patients sont restés sans cancer pendant 5,6 mois, contre 4,5 mois chez les patients traités par chimiothérapie docétaxel. Ce qui manque, ce sont des données démontrant un bénéfice en termes de survie globale.

De plus, nous n’apprécions pas que  l’entreprise s’endette pour racheter des actions propres. Le ratio DN/EBITDA est déjà passé à 1,9, en partie à la suite d’une acquisition. C’est encore confortable, mais quand même. Heureusement, aucune action propre n’a été achetée au deuxième trimestre après les 6 Mrd USD supplémentaires rachetés au 1er trimestre. Nous prévoyons peu d’achats pour le reste de l’année, mais ce sera probablement encore le cas dans les années à venir. En effet, dans les années à venir, Amgen souhaite distribuer 60% de son bénéfice net sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Ces achats devraient aussi permettre que le bénéfice par action progresse nettement plus vite que le chiffre d’affaires. Le dividende trimestriel (1,94 USD p.a.) nécessite une dépense de 1,04 Mrd USD, largement couverte par le cash-flow libre (1,7 Mrd USD).

Conseil :  C2

Amgen se négocie à environ 10 fois l’EBITDA, ce qui est raisonnable. Le marché est également moins optimiste que l’entreprise elle-même, ce qui laisse place à de bonnes surprises. Cependant, nous pensons qu’il est encore trop tôt pour acheter. Le cours n’a pas encore suffisamment corrigé pour cela. L’action surperforme déjà l’indice Nasdaq Biotechnology cette année. Nous n’allons pas plus loin qu’un conseil à ‘conserver’. Les positions plus importantes peuvent même être un peu réduites.