Matière (première) à réflexion

Investisseur Vision

Si les économistes se demandent si nous sommes déjà en récession, les marchés ont clairement leur avis. La forte baisse des taux longs ces dernières semaines laisse déjà présager le pire. Et la plupart des actions sensibles au cycle économique affichent déjà des baisses assez spectaculaires. Les actions de matières premières sont une catégorie à part des actions cycliques. Il n’y a pas si longtemps, elles étaient recherchées car les prix élevés des métaux (précieux) généraient des bénéfices records. Désormais, on craint qu’une récession (lire: une baisse de la demande) ne mène à une implosion des bénéfices. La forte correction offre-t-elle des opportunités d’achat?

En raison des importantes baisses en pourcentage des cours, les investisseurs ont tendance à répondre instinctivement ‘oui’. C’est certain que ce type d’actions grimpe fortement, bien avant que la récession ne se termine à nouveau. Une certaine anticipation est conseillée, mais le risque d’acheter un peu trop tôt ne doit pas non plus être sous-estimé. Quelques idées…

Souvent exagéré, dans les deux sens

Tout au long des cycles, les actions liées aux matières premières affichent d’importantes variations de cours. À partir du point bas, les actions de matières premières peuvent grimper bien plus que la moyenne. A titre d’exemple: du point bas de mars 2020, Alcoa a été multiplié par 18 (!) en deux ans. Le plus gros risque est alors de vendre trop tôt. Mais c’est aussi un risque d’entrer trop tard dans la tendance haussière: souvent, le cours est alors comparé à d’excellents bénéfices, de sorte que les actions concernées semblent encore attrayantes. Mais cela peut bien sûr changer rapidement si les beaux bénéfices se transforment en solides pertes. Si le vent tourne défavorablement, déterminer un plancher pour le cours est également impossible. Après une baisse brutale, ce qui est ‘bon marché’ peut le devenir encore bien plus. Le timing est donc extrêmement difficile, et peut coûter cher, de sorte qu’il est conseillé - si vous allez à contre-courant - de ne pas y aller pleinement tout de suite.

Pas de ‘buy & hold’

L’évolution à long terme des prix des matières premières n’est pas toujours positive. Cela est dû à un ‘cycle du porc’ extrême pour les matières premières. Si les prix de vente sont supérieurs au prix de production, les sociétés minières investiront massivement dans l’expansion de la capacité, également parce qu’elles ont de l’argent grâce aux importants bénéfices. L’augmentation de l’offre, combinée à une demande plus faible (récession), conduira à des prix de vente qui peuvent chuter bien en dessous du prix de production. À long terme, c’est vers le coût marginal (le prix d’une unité supplémentaire de produit) que le prix de vente évolue. C’est le cas pour de nombreux produits dits ‘de base’. Avec des hauts et des bas, de sorte que les titres concernés ne peuvent pas être vus comme des actions de croissance ou des actions ‘buy & hold’. Elles sont idéales pour le trading, mais sachez qu’à court terme vous serez à contre-courant si la position du marché se retourne.

Le bilan est important!

Avoir un bilan sain est important car les cash-flows abondants peuvent être suivis d’une solide fuite de trésorerie. Les augmentations de capital forcées ou les ventes d’actifs en période difficile détruisent de la valeur. Encore plus: cela peut mettre l’action par terre! Ceux qui ont du cash peuvent transformer une crise en opportunité et faire de bonnes affaires. Un monde de différence pour les actionnaires concernés. Assurez-vous de comparer avec la situation financière des cycles précédents et sachez qu’un bilan assez sain peut vite se détériorer.

Attention aux poids appropriés

En raison de leurs fortes fluctuations de cours – aussi à la hausse – les actions de matières premières attirent certainement les investisseurs. La volatilité plus élevée est aussi liée au risque supérieur à la moyenne (généralement une cote de ‘3’). N’investissez donc jamais de grosses sommes dans des actions liées aux matières premières, que ce soit individuellement ou en tant que secteur (tracker). 

les actions minières

Les sociétés concernées ont enregistré des bénéfices records et ont donc pu embellir leurs bilans, verser de beaux dividendes et racheter des actions. Ces dernières ont été rachetées au prix fort, ce qui soulève des questions sur la création de valeur.

Anglo American

Cette société minière (platine, diamant, minerai de fer, cuivre...) a fortement chuté, mais l’action est toujours bien au-dessus du niveau pré-corona. Nous nous attendons à une baisse du bénéfice et du dividende. Cependant, un solide programme de rachat d’actions est en cours, ce qui est positif maintenant que le cours a baissé. Nous relevons notre conseil de ‘réduire’ à ‘conserver’.

Rio Tinto

Les résultats semestriels montrent que le groupe est coincé entre une baisse de la demande/des prix et une hausse des coûts. Le dividende a été réduit de moitié et la riche position de cash a largement disparu.La dynamique ne sera pas non plus bonne dans les mois à venir, mais la forte baisse du cours justifie un conseil à ‘conserver’.

Alcoa

Même constat pour le producteur d’aluminium: des trimestres faibles en perspective. 

Après notre conseil de réduire en avril, Alcoa a baissé de moitié. Il y a déjà assez de raisons pour relever notre conseil d’un cran, d’autant plus que l’action est soutenue par des rachats.

actions sidérurgiques

Le secteur de l’acier est énergivore et est donc très affecté par le conflit avec la Russie. D’autre part, l’acier bon marché de cette région n’est plus déversé en Europe, et l’acier chinois fait également l’objet de restrictions. La récession mondiale aura un impact majeur sur la rentabilité. Des baisses de bénéfices lors des prochains trimestres sont inévitables. Les travaux d’infrastructure et la transition énergétique (plus d’acier nécessaire) peuvent largement amortir une crise trop importante.

ArcelorMittal

Ce leader du marché mondial est très bon marché sur base des bénéfices des trimestres précédents et du faible ratio cours/valeur comptable. Les importants rachats d’actions augmentent encore la valeur comptable par action. La dette nette n’a jamais été aussi faible depuis la création du groupe fusionné. La présence en Ukraine (aciérie + exploitation minière) est un facteur de risque. L’intégration verticale est un atout. Le flux de nouvelles sera négatif pendant plus longtemps, mais en raison de la faible valorisation et des perspectives à moyen terme décentes, nous relèverons à nouveau notre conseil à ‘première position’ une fois que le titre approchera des planchers de début juillet.

Aperam

Cette ancienne filiale d’ArcelorMital a quasiment baissé de moitié depuis le début de l’année. Le producteur d’acier inoxydable est super-cyclique, mais s’est diversifié dans des activités de recyclage avec l’acquisition d’ELG. Cela n’empêchera pas le bénéfice de s’effondrer lors des prochains trimestres. 

Avec un EV/EBITDA de 2,7 (mais il va grimper), le titre est bon marché. Le groupe en profite en rachetant pour 100 Mio EUR de ses propres actions. En raison de la baisse du cours cette année, Aperam pourrait perdre son siège dans le Bel20 (pression temporaire sur le cours). Les portefeuilles plus importants peuvent prendre une position limitée en cas de faiblesse du cours.

Salzgitter

Le groupe sidérurgique allemand a déjà relevé à plusieurs reprises ses prévisions pour cette année, mais là aussi, cela va désormais se dégrader. Le titre a corrigé relativement plus fort qu’ArcelorMittal, mais sa présence en Allemagne - et donc sa dépendance au gaz russe - pose un plus grand risque. Cela implique un plus grand potentiel de reprise pour ce titre bon marché, mais également un risque plus élevé. A conserver, mais pour un nouvel achat, regardez ailleurs par sécurité.

Favoris de niche

Dans les valeurs de matières premières, le spécialiste des matériaux Umicore est le seul à avoir un conseil ‘A’, suite à une analyse fin juin (voir INV 26 ou sur www.investisseur.be). Autre outsider sur Euronext Amsterdam: AMG, une société plutôt petite avec un poids boursier d’un peu moins de 900 Mio EUR. Mais une avec des matières premières de niche, e.a. le lithium (batteries) et le vanadium, dont l’évolution du prix détermine le cours de l’action. Sa gamme de produits comprend aussi d’autres métaux rares tels que le titane et l’antimoine. AMG est en forte croissance (prévisions d’EBITDA pour 2022 déjà relevées 4 fois), et bon marché (vient de boucler un trimestre record avec un bénéfice de 0,91 USD p.a.), mais volatil. Les larges portefeuilles peuvent prendre une première position limitée.