Tout augmente!

Le secteur des biens de consommation traverse actuellement une zone de turbulences liée à la hausse de l’inflation. Celle-ci menace leurs marges juteuses.

La semaine dernière, plusieurs grands groupe des biens de consommation ont publié une mise à jour trimestrielle. Des mises à jour généralement en ligne, voire même meilleures, avec les attentes. Pourtant, les titres de ces groupes en ont peu ou pas profité. Il ne fallait pas chercher bien loin pour trouver le coupable, d’ailleurs désigné par toutes les sociétés: l’inflation des coûts. Cette inflation se retrouve partout, dans le prix des énergies, des matières premières, ou encore des emballages. Ce qui met les marges sous pression. Faut-il donc en profiter pour s’intéresser à ces sociétés? Nous analysons plus en détails quatre pairs du secteur: l’américain Procter & Gamble (PG), le britannique Unilever, le suisse Nestlé et le français Danone.

Un impact sur les marges

Les sociétés du secteur des biens de consommation ne sont certainement pas les premières à souligner l’impact de l’inflation. Et elles ne seront pas les dernières. Comme pour toutes les entreprises, cette inflation rogne les marges bénéficiaires. Mais ces marges sont un critère important d’investissement dans le secteur. L’impact est donc sérieux pour ces sociétés, qui en ont donc parlé dans les mises à jour:

Danone a connu une inflation d’environ 7% au premier semestre et s’attend à environ 9% pour le second. La société ne prévoit pas de ralentissement en 2022, où elle voit l’inflation au moins au même niveau que sur l’ensemble de 2021 (soit environ 8%).

PG a vu un impact de 4% sur ses marges pour son premier trimestre fiscal clos fin septembre. Pour l’ensemble de l’exercice, la société s’attend à un impact de 2,3 mia. USD net (0,90 USD p.a.), soit pas moins de 16% du résultat net p.a. du dernier exercice.

Nestlé annonçait lors des résultats semestriels s’attendre à une inflation de 4% en 2021 et n’a pas actualisé ce chiffre la semaine dernière. La société a toutefois précisé, d’une part, qu’elle ne pouvait pas relever ses objectifs de marge à cause des coûts plus élevés et, d’autre part, qu’elle s’attendait à des coûts plus élevés en 2022.

Si Unilever n’a pas chiffré l’impact de l’inflation, la société a tout de même déclaré que l’inflation était ‘sans précédent’ et que cela se poursuivrait au moins en 2022.

Hausse des prix de vente

Une des solutions pour maintenir les marges est de relever les prix. Les quatres sociétés ont d’ailleurs un certain pouvoir de fixation des prix et ont dès lors pu les augmenter au dernier trimestre. Mais relever les prix est aussi un risque de voir les consommateurs moins... consommer! Il faut d’ailleurs remarquer que les deux qui ont le moins augmenté les prix, P&G (+1%) et Nestlé (+1,6%), ont vu leurs volumes vendus augmenter tandis qu’Unilever (+4,1%) et Danone (+4,6%) les ont vu baisser respectivement de 1,5% et 0,8%. A noter aussi que sur les marchés européens, e.a., les prix de vente aux distributeurs sont souvent fixés pour une longue période et il est donc difficile de répercuter (directement) les coûts plus élevés.

Perspectives

Evidemment, cette incertitude de l’évolution des marges se réflète également dans les perspectives. D’ailleurs, seul Nestlé les a (encore) relevé la semaine dernière. Et encore, cela ne concerne que le chiffre d’affaires car la société suisse a conservé sa prévision de marge annoncée auparavant, bien sûr à cause de l’inflation des coûts. Toutefois, les prévisions sont bonnes pour les quatre groupes. Nestlé s’attend même à la plus forte croissance organique de ces 5 dernières années (6 à 7%). Les trois autres sont un peu moins optimistes mais la croissance devrait aussi être la plus forte des dernières années - excepté pour PG mais son exercice décalé à juin 2022 explique aussi cela. En termes de marges, malgré l’inflation, les analystes estiment qu’elles devraient rester confortables. Deux sociétés se démarquent particulièrement à ce niveau: P&G du côté positif avec une marge EBITDA attendue de 27,1% et Danone, du côté négatif, avec ‘seulement’ 17,9% attendu.


Bilan

D’un point de vue bilantaire, les quatre entreprises sont relativement saines. P&G peut même se targuer d’un ratio dette financière nette/EBITDA de 1. Même pour Danone (2,6), c’est loin d’être catastrophique. Les beaux cash-flows générés permettent de gérer la dette. Surtout, cela permet aussi de récompenser généreusement l’actionnaire. D’ailleurs, excepté Danone qui a baissé son dividende l’année dernière pour la première fois depuis très longtemps, ce sont tous des ‘dividend aristocrats’. Aux cours actuels, c’est Unilever qui se montre le plus généreux avec un rendement dividendaire de 3,7% bruts. Et en termes nets, la différence est encore plus grande car, depuis que Unilever bat uniquement sous pavillon britannique, il n’y a plus de retenue à la source étrangère. Notons toutefois que si le dividende de P&G semble être le plus faible, c’est aussi parce que le groupe vise à racheter des actions propres (7 à 9 mia. USD) pour un montant plus ou moins équivalent au dividende (8 mia. USD au total).

Catalyseurs de cours

Un des principaux catalyseurs de cours ces prochains mois sera l’inflation. Et il peut être positif comme négatif. Si l’inflation se modère et/ou si ces géants l’ont surestimée, cela ne sera que bénéfique pour ces derniers. A l’inverse, une pression encore plus importante sur les marges rendra certainement les investisseurs sceptiques. D’autres éléments plus ‘personnels’ peuvent aussi influencer les cours des sociétés. Ainsi, Unilever pourrait vendre son pôle thé, officiellement scindé le 1er octobre. Cette vente pourrait rapporter 2,2 mia. EUR, comme on le mentionnait en août. Une somme qui serait retournée à l’actionnaire.

Pour Danone, c’est notamment du côté des marges (et dans une moindre mesure du bilan) qu’il faut regarder. Le nouveau CEO a d’ailleurs déclaré lors de la mise à jour que l’une de ses priorité était d’améliorer l’efficacité du groupe. Une reprise des marges vers le niveau de ses pairs serait très certainement positive pour le cours.

Valorisation

Le secteur n’est pas réputé pour être souvent bon marché. Cela s’explique par les points évoqués ci-dessus (bilans sains, dividendes durables, belles marges...). Toutefois, on remarque qu’il y a une différence dans la valorisation des quatre titres. 

Danone est le moins cher mais ce n’est pas anormal. Les marges sont un peu plus faibles et le bilan est un peu moins solide. Toutefois, les prévisions sont correctes et le dividende intéressant.

Nestlé est de loin le plus cher. C’est mérité, que ce soit pour son bilan, sa marge ou ses perspectives. Toutefois, avec un EV/EBITDA de 19,7, la valorisation commence à devenir élevée, tant par rapport à son historique que par rapport à ses pairs.

 Fondamentalement, P&G mériterait de se négocier à des niveaux proches de ceux de Nestlé, vu le meilleur bilan et les meilleurs marges. Mais les perspectives sont un peu moins bonnes. Selon nous, P&G est plutôt correctement valorisé aux cours actuels.

A peu de choses près, Unilever évolue dans un canal entre 45 et 50 EUR depuis plus de 2 ans. Dans le bas de cette fourchette, comme c’est le cas actuellement, cela permet à la société d’afficher une valorisation attractive. Cela s’explique notamment par la baisse des marges (la marge EBITDA était encore de 23,0% en 2018). Pourtant, la société n’a presque rien à envier à Nestlé, que ce soit en termes de marges, de bilan ou de dividendes. Le groupe britannique peut clairement espérer une revalorisation.

Notre avis


Bien que les perspectives, les marges et le bilan plaident en sa faveur, la valorisation de Nestlé est un peu trop élevée pour un nouvel achat. Nous abaissons le conseil pour la société suisse à ‘conserver’.

Pour P&G, la valorisation actuelle reflète correctement ses qualités et reste donc à conserver.

Danone
semble, certes, un peu moins performant que les trois autres mais la décote par rapport aux pairs nous semble encore trop élevée.
En-dessous de 60 EUR, vous pouvez encore acheter.

Unilever a actuellement notre préférence. D’un côté, la valorisation n’est pas exagérée, et d’un autre, Unilever a des qualités assez proches de celles de ses pairs. Nous relevons donc le conseil à acheter.