Gros impact de la hausse des taux sur les crédits, pas sur l'épargne

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Il est désormais clair que la Banque centrale européenne (BCE) relèvera son taux court en juillet et en septembre (de 25 points de base à chaque fois). Il s’agira de la première hausse de taux depuis 2011. À l’instar des autres banques centrales, la BCE agit ainsi pour arrêter l’inflation galopante.

Alors que les taux courts (européens) se négocient encore à des niveaux planchers, ce n’est pas le cas pour les taux longs. Plus on monte sur la courbe des taux (voir tableau et graphique), plus l’augmentation est importante. Les taux pour les échéances de 3 à 15 ans ont grimpé de près de 200 points de base, soit près de 2% (voir tableau), depuis début 2022.

Déjà des conséquences

Cette hausse des taux a déjà des conséquences importantes sur les (fonds/trackers d’)obligations. La semaine dernière, nous avons souligné qu’en raison de la hausse des taux dans le monde, nous sommes presque dans un ‘bear market’ (baisse de plus de 20% par rapport au sommet précédent). La règle est que pour chaque hausse (baisse) de 1% des taux, le cours d’une obligation évolue dans la direction opposée d’environ 1% pour chaque année restante. Ainsi, une hausse de 1% des taux signifie que le cours d’une obligation d’une durée restante de 10 ans baisse d’environ 10%.

Sur les nouvelles émissions obligataires. Ces deux dernières semaines, le promoteur immobilier Immobel et le producteur alimentaire Vandemoortele ont émis de nouvelles obligations pour les particuliers. Dans les deux cas, les émetteurs ont dû offrir bien plus d’intérêts que sur l’émission précédente. Pour Vandemoortele, il s’agissait d’un coupon brut de 5,6% sur 7 ans, alors que l’obligation à échéance juin 2022, émise en 2015, n’avait qu’un coupon brut de 3,06%. Une bonne nouvelle pour les investisseurs (obligataires), même si le prix d’émission élevé (chez Vandemoortele 101,875% et chez Immobel 101,625%) reste une épine dans le pied. Dans les deux cas, nous avons conseillé une souscription limitée à ces émissions. Nous pensons que d’autres sociétés voudront lever des fonds rapidement. Pour être rapidement tenu au courant, n’oubliez pas de télécharger notre ‘app’. Pour ces émissions de détail, qui ne concernent souvent que quelques dizaines de millions, la période de souscription ne dure généralement qu’une journée. Vous recevrez des conseils sur ces émissions par une ‘notification’ de l’application. 

Sur les crédits hypothécaire: là aussi, la hausse des taux se répercute rapidement sur les remboursements mensuels. Dans une simulation d’un prêt hypothécaire chez KBC, le taux standard est actuellement de 3,42% (fixe sur 20 ans). Cela signifie un remboursement mensuel de 1.151,71 EUR pour un prêt de 200.000 EUR, près de 20% de plus qu’il y a deux ans où il était encore possible d’emprunter à 1,5% (et même moins). Pour le même montant emprunté, la mensualité n’était alors que de 965,09 EUR. Bien que nous ne craignions pas dans l’immédiat un ‘krach’ immobilier, l’envolée des taux mettra un terme à la hausse des prix observée depuis des années (et fera baisser ici et là les prix). De plus, la confiance des consommateurs est tout sauf positive et nous sommes à la veille d’une probable récession.

Pas encore de conséquence

Sur les comptes d’épargne. Si l’on regarde l’évolution du taux belge à un an, qui détermine souvent le taux d’intérêt des comptes d’épargne, c’est certainement encourageant. Ce taux spécifique est passé de -0,65% début 2022 à 0,4%. Peut-on donc supposer que les maigres conditions actuelles des livrets d’épargne (taux de base de 0,01% + prime de fidélité de 0,1%) vont bientôt augmenter? Malheureusement non! Pour les banques (commerciales) comme KBC, Belfius et BNPPF, c’est encore désavantageux actuellement d’avoir des fonds excédentaires (= des fonds qu’elles n’utilisent pas pour les prêts). En effet, la BCE oblige ces banques à placer ces fonds excédentaires chez elle (quotidiennement). À ce jour, elles doivent payer un ‘intérêt de pénalité’ de 0,5% à la BCE pour cela.

Et pourquoi ces banques voudraient-elles attirer (et rémunérer) plus d’épargne, alors que jusqu’à présent, elles peuvent emprunter gratuitement à la BCE. En juillet et septembre, la présidente Lagarde relèvera le taux, en principe de deux fois 25 points de base. Cela offre la perspectives de conditions légèrement meilleures sur les comptes d’épargne. Du moins à plus long terme: une amélioration n’est pas attendue avant la fin de l’année au plus tôt. Et ce ne sera probablement pas plus que quelques dizaines de points de base. Tout sauf suffisant pour compenser l’inflation. Il est donc préférable de considérer les comptes d’épargne comme un simple compte de dépôt pour les dépenses imprévues.