La banque centrale canadienne prend les devants

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La banque centrale canadienne vise vraiment à freiner l’inflation. Après une hausse de 100 points de base (1%) en juillet, la Banque centrale canadienne a relevé son taux court de 75 pb à 3,25%. Cela hisse le taux court canadien à son plus haut niveau depuis 2008. C’est aussi le plus élevé des pays occidentaux. Non pas que l’inflation soit la plus élevée puisqu’elle n’était ‘que’ de 7,6% en juillet. Cependant, les taux réels canadiens demeurent également fermement négatifs. De plus, contrairement à l’inflation globale, l’inflation de base est passée de 5% à 5,5% en juillet, indiquant une amplification de la hausse des prix. Le marché suppose donc que le taux directeur sera encore relevé, bien que de manière moins agressive, lors des prochaines réunions monétaires (les 26/10 et 7/12). Un taux court de 4% à la fin de cette année est possible. En raison d’un marché du travail tendu, le risque d’une spirale salariale négative persiste. Pendant ce temps, il y a une certaine hésitation sur les marchés obligataires. Le taux à 10 ans canadien a culminé juste au-dessus de 3,6% en juin, avant de retomber à environ 2,6%. Nous sommes actuellement de retour à 3,14%. Le marché obligataire suppose que l’économie va se détériorer et éventuellement entrer en récession. Au 2ème trimestre, la croissance était encore modeste, mais l’industrie s’est contractée dès le mois d’août, selon le S&P Global Industry PMI (48,7). Et ce sera un exercice d’équilibriste difficile.

Soutien de la hausse des taux

Ce taux plus élevé a clairement soutenu le dollar canadien (CAD). Le ‘loonie’ est même à son plus haut niveau depuis 2013, certes face à un euro faible. La zone euro est certes confrontée à de nombreux problèmes. Il y a la proximité de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, la crise énergétique est un problème principalement européen et les taux dans la zone euro sont encore nettement inférieurs aux taux canadiens. Jeudi dernier, cependant, la BCE s’est montrée plus agressive avec un relèvement du taux directeur de 75 points de base. À 1,25%, nous sommes toujours à 1,75 point de pourcentage sous celui du Canada. Si les relèvements de taux au Canada devaient prendre fin et que la BCE le relève encore fortement, le différentiel de taux du dollar canadien diminuerait ce qui pourrait impacter la devise. De plus, le cours du pétrole a déjà un peu corrigé, ce qui pourrait se poursuivre si l’économie mondiale se dirigeait vers une récession. Et la corrélation entre le prix du pétrole et la devise canadienne est beaucoup plus élevée qu’entre le prix du pétrole et le dollar américain. Le tableau est complètement différent par rapport au dollar américain. Ici, la monnaie a évolué plutôt latéralement ces dernières années. Beaucoup d’incertitudes, mais un scénario de repli du CAD nous semble réaliste.

Ceux qui détiennent des positions importantes en CAD peuvent donc envisager de les réduire progressivement. Si vous souhaitez toujours réinvestir partiellement vos positions en CAD, vous trouverez un certain nombre d’alternatives dans le tableau de la page suivante.