Ne pas crier victoire trop vite

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L’événement le plus spectaculaire du mois écoulé: la forte baisse des taux longs. En Europe, le taux à 10 ans a baissé de moitié, tandis qu’aux É.-U., il a également baissé de près de 100 pb. Une récession a fait fuir les investisseurs vers les obligations. Les mauvaises nouvelles économiques, même si cela ne devrait pas surprendre, sont à nouveau des nouvelles positives pour les bourses. C’est une anomalie qui caractérise souvent les marchés, tout simplement parce que les craintes d’une (inévitable) récession tempèrent celles d’une longue série de fortes hausses de taux. Et cela à un moment où les résultats des sociétés sont encore flattés par un pouvoir de fixation des prix, et donc dans l’ensemble pas trop mal. Les pénuries d’approvisionnement, qu’elles soient dues ou non au conflit russe ou à des problèmes liés au corona, facilitent ce pouvoir de fixation des prix. Une forte baisse des taux combinée à de solides rapports semestriels ont relativisé la reprise des cours en juillet. Il ne faut donc surtout pas extrapoler ces évolutions. Bien qu’un certain nombre de prix des matières premières aient fortement chuté - heureusement aussi des matières douces, dont les céréales - le problème de l’inflation est loin d’être résolu (certaines matières premières comme le cuivre ont même augmenté de 10% récemment). Et le consommateur commence petit à petit à se montrer regardant. Nous ne voulons certes pas paraître pessimistes, mais nous sommes réalistes, d’autant plus que le rallye boursier en juillet n’annonce pas (encore) le début d’un nouveau marché haussier. C’est trop tôt.

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Restons également prudents concernant les propositions de la réforme de la fiscalité sur les investissements du ministre Van Peteghem. Le fait que 6.000 EUR de revenus du capital ne soient pas taxés (intérêts/dividendes) est positif, tout comme la suppression de la taxe boursière. Cependant, quiconque lit entre les lignes se rend compte que ces bons points sont conditionnels et pas d’application du jour au lendemain. Il peut s’agir d’incitants visant à susciter l’approbation des investisseurs, dans le but ultime de pouvoir imposer ensuite une taxe sur les plus-value sur actions. Attention à ce cheval de Troie! Soyons pragmatiques: le gouvernement recherche (beaucoup) de revenus pour ses dépenses croissantes, et pour cela, l’investisseur est également visé. Il n’est pas nécessaire d’être un grand mathématicien pour se rendre compte que les épargnants/investisseurs - ceux qui, contrairement au gouvernement, ont travaillé dur pour avoir une poire pour la soif - n’ont rien à gagner de la réforme envisagée. Nous avons naturellement une vision ouverte et optimiste, et espérons que le gouvernement fournira plutôt des incitations pour que davantage de personnes franchissent le pas vers la bourse.